Derby aux airs de Black Friday raté

samedi 1 décembre 2018


Nous les français, on aime bien s’accaparer des traditions américaines sans raison particulière, juste pour dire que nous aussi on sait le faire. Prenons le Black Friday par exemple. A première vue, il n’a aucun intérêt pour nous car nous ne fêtons pas Thanksgiving donc nous ne restons pas à table jusqu’à pas d’heure le jeudi soir pour être prêt à faire les boutiques dès minuit mais voilà que depuis quatre-cinq ans, on a adopté leurs soldes. Avant cela, on n’avait pas besoin d’une date pour commencer nos achats de noël mais ça c’était avant. Maintenant on attend le Black Friday comme le Cyber Monday avec impatience pour faire des affaires comme on n’en ferait pas avant les soldes de Janvier. On économise, on fait du repérage et puis le vendredi matin, déception. On s’imaginait avoir -40% et c’est à peine si on frôle le -20%. Vous connaissez cette déception, cette frustration qu’on a en tant qu’acheteur compulsif ? C’est un peu la même sensation que j’ai eu après Lyon – Saint-Etienne la semaine dernière.

Cela faisait déjà quelques années que je me disais que s’il y avait bien un match à faire en France, avant même le classico entre le PSG et l’OM, c’était un derby. Pas n’importe lequel, le vrai derby, celui entre Lyon et Saint-Etienne. Pour des questions de disponibilité cela ne s’était jamais fait jusqu’à ce qu’un hasard du calendrier fasse que j’étais à Lyon vendredi dernier. Quand j’ai su que j’étais à Lyon, un soir de derby, le feu d’artifice à commencer dans ma tête. Un derby c’est magique parce qu’un derby ça a une histoire, une rivalité qui ne sera jamais aseptisé. Un derby c’est plus qu’un classico parce qu’un derby c’est une confrontation sociétale et non seulement sportive comme un classico. Un derby a des antécédents, un derby tu le coches dans le calendrier, tu le prépares, tu en rêves. Bon j’exagère peut-être un peu parce que je n’en ai pas rêvé mais je l’ai imaginé, appréhendé. J’avais envie que ce derby signifie quelque chose, qu’il y ait des étincelles. En tout et pour tout il y a eu la vingtaine de fumigènes avant la rencontre et puis tous mes espoirs de vrai feu d’artifice se sont envolés dès que je suis rentrée dans le stade. Déjà parce que le stade est trop beau et que tu n’as pas envie de laisser si ce n’est un papier sous ton siège et surtout parce « craquer une torche » c’est synonyme de fête et finalement ce derby n’était pas une fête

Quand tu assistes à un derby, tu veux avoir une histoire à raconter après, tu veux conter le match, illustrer les mouvements des tribunes. Aujourd’hui le derby se joue presque trop calmement et heureusement que des insultes ici et là fusent tous les quarts d’heure pour venir nous rappeler la signification de ce match. Un derby c’est un affrontement entre deux équipes comme dans toutes rencontres sportives mais c’est plus que trois points que tu viens gagner, c’est marquer ton territoire. Sans supporters adverses, la rencontre a un autre goût. Celle d’un match déjà gagné en tribune parce qu’il n’y a pas de confrontation, personne pour te répondre, personne pour s’opposer. Finalement si ce n’est quelques chants dirigés tout droit vers les Verts, je n’ai pas eu l’impression que ce soit un match plus tendu ou même plus passionné en tribune. Les Bad Gones ont fait le travail mais un travail qui aurait pu être le même face à Strasbourg, Dijon ou Lille. Face à cela, j’ai rêvé d’un but stéphanois pour piquer ce public, pour qu’il se scandalise, pour qu’il se réveille mais mon vœu ne s’est pas exaucé. Ce n’est pas les occasions qui ont manquées, juste peut-être une question de chance. De vous à moi, les Stéphanois auraient pu, auraient dû même ouvrir le score mais le football ce n'est pas toujours une question de justice. De même pour le rouge de Rafael, ce n'était pas une question de derby ou autre, juste d'une bêtise à laquelle il fallait réfléchir deux fois avant de se lancer les deux pieds en avant.


Ce derby a été gagné, à la maison et même si c’est sur un petit score, c’est quand même trois points face à l’ennemi juré. Mettons ça sur le compte de la pluie ou sur une partie gagnée d’avance, je ne sais pas, mais même à l’extérieur du stade, une fois la rencontre terminée, cela n’avait rien d’un derby. Gagner face à Marseille leur aurait procuré la même réaction, si ce n’est même peut-être plus de plaisir. Ce n’était pas une fête mais juste une sortie de stade. 

Peut-être que comme le Black Friday, j’avais des exigences trop hautes pour ce derby. Celles d’un match comme je n’en aurai jamais vu, virulent, passionné, endiablé comme des promotions à 50% à un mois de Noël. J’aurai adoré voir des supporters arrogants. Arrogants parce qu’ils ont gagné, parce qu’ils sont au-dessus, parce que cette rencontre signifie plus que toutes les autres. A la place, j’ai été dans le brouillard deux secondes en arrivant et la sortie de stade s’est accompagnée d’un flux à peine audible de personnes refaisant le match ici et là comme on se raconte notre week-end autour d'un café le lundi matin. Je voulais vivre une expérience footballistique, j’ai vécu une rencontre de 90 minutes. Ce n’est la faute de personne si ce n’est de mes espoirs qui espéraient qu’on leur décroche la lune. 


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