La Coupe du Monde des premières fois

mercredi 4 juillet 2018



La Coupe du Monde n’est pas encore terminée mais si on devait déjà réfléchir à un surnom, nous pourrions l’appeler la Coupe du Monde des premières fois. Première fois sans l’Italie en phase finale depuis 1962, première fois que l’Allemagne se fait éliminer en phase de groupe, première fois que l’Angleterre se qualifie aux tirs au but dans une grande compétition depuis 1990… Et tant d’autres comme la première fois qu’une femme est aux commentaires d’une rencontre de Coupe du Monde.

On l’a vu en France mais c’est aussi le cas chez nos voisins britanniques et allemands, au Brésil et au Mexique, de plus en plus de consultantes féminines commentent l’actualité de la Coupe du Monde en plateau lors d’émissions diverses. Une très bonne chose à l’heure où la parité et la mixité font la une des sujets sociétaux mais surtout, une très bonne chose puisqu’elles sont qualifiées pour. Une nouvelle fois le débat de la légitimité d’une femme à s’exprimer sur du football masculin revient dans les bouches de beaucoup trop de personnes alors qu’on ne devrait s’intéresser à qu’une chose : la qualité des propos de la personne qui s’exprime, peu importe son sexe.


On le sait, le football est un monde pollué de haters comme toute chose qui a du succès. La critique est donc facile quand c’est pour relever la mauvaise prononciation d’un nom d’un joueur comme en a été victime la présentatrice Australienne Lucy Zelic qu’on a jugé d’ennuyeuse et d’insupportable.
Première femme à commenter un match de Coupe du Monde à la télévision britannique lors de Portugal-Maroc, Vicki Sparks s’est elle aussi attirée les foudres de l’ex-footballeur Jason Cundy qui s’est permis de dire que les voix féminines sont trop aiguës pour commenter du football et que personnellement, il ne souhaite pas entendre la voix d’une femme pendant les 90 minutes d’un match de football. Il a déclaré « Quand il y a des moments insolites presque dramatiques, ce qui arrive souvent dans le football, je pense que ces moments doivent être commenté par une voix plus grave ».
Chez nos voisins germaniques, c’est la journaliste Claudia Neumann qui s’est prêtée à l’exercice d’être la première femme à commenter un match de Coupe du Monde à la télévision allemande après avoir déjà commenté des rencontres durant l’Euro 2016. Elle a également eu son lot de réprobations par des confrères sans compter les nombreux messages misogynes reçus sur Twitter mais ses commentaires ont inspiré une étude réalisée par Civey. A celle-ci, 68,9% des allemands considéraient que c’était positif qu’une femme commente la Coupe du Monde, 12% négatif et 18,7% n’avaient pas d’avis.  
Enfin on pourrait aussi parler de l’élégante déclaration de Patrice Evra, dont on n’est toujours pas certain du ton qu’il souhaitait donner à ses propos, qui à lui suite d’une analyse de la joueuse britannique Eniola Aluko sur le jeu serbe, s’est impressionné de son jugement avant de déclarer quelques minutes après « C’est juste extraordinaire. Je pense que l’on devrait partir parce qu’elle en sait plus sur le football que nous. Je suis très impressionné ». Second degré ou vrai compliment, à vous de décider.


Toutes ces situations m’interrogent à nouveau sur le problème qu’il y a à ce qu’une femme commente une rencontre sportive masculine. En effet, si elle est qualifiée, compétente, concise, pertinente, qu’elle sait ce dont elle parle, qu’elle a préparé ses fiches : quel est le problème ? C’est un peu comme quand il faut embaucher quelqu’un. On n’a pas à décider d’embaucher un homme ou une femme mais bien la meilleure personne pour ce poste. Les chaînes de télévision leur font confiance, pourquoi pas les téléspectateurs ? N’avons-nous pas mieux à faire à savoir profiter de cette Coupe du Monde qui a lieu une fois tous les 4 ans plutôt que d’envoyer des commentaires misogynes à des femmes qu’on ne connaît ni d’Adam ni d’Eve sous prétexte qu’on n’aime pas leur voix ? Pouvons-nous juste pas profiter de cette fête qu’est le football peu importe qui nous compte l’histoire du jour ?

Moi et mon optimisme à toute épreuve, nous espérons que dans les semaines, les mois à venir, aucune femme commentant un match de football n’ait à se justifier de ses compétences et de ses qualités professionnelles tout comme aucun emploi ne soit donné à un homme plutôt qu’une femme mais à la meilleure personne pour ce poste. Espérons que le monde puisse tourner rond avec des hommes et des femmes reconnus pour qui ils sont, non pour leur sexe. Dans le football et ailleurs.

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