Supporter n'est pas un délit

lundi 14 mai 2018

On pourrait parler d’une 37ème journée de Ligue 1 Conforama qui a vu Guingamp accrocher le nul face à l’Olympique de Marseille, Strasbourg se maintenir, Paris fêter son titre mais à défaut de parler football, celui qui se joue sur le terrain, parlons de la fête qui est censée se passer en tribune.

http://www.asse-live.com/football/supporter-asse-interdiction-deplacement-bastia_filvert21913.php
Samedi soir, au cours d’un match à saveur d’Europe pour l’AS Saint Etienne et de seconde place pour l’AS Monaco, seulement 10 742 étaient présentes au stade Louis II de Monaco. Même si ce stade n’est pas réputé pour sa capacité de remplissage, d’autres raisons exceptionnelles expliquaient son vide.

Le 27 avril dernier, la principauté de Monaco a pris un arrêté dans lequel était interdit l’accès de leur territoire aux fans de l’AS Saint-Étienne ou à toute personne se réclamant proche de ce club. Les raisons : « Les supporters ultras de l'ASSE se sont, à plusieurs reprises, rendus coupables de débordements, tant à domicile qu'à l'extérieur, qui ont induit des interdictions de déplacements prononcées les 17 janvier 2018 à Metz, 21 janvier 2018 à Nice, 25 février 2018 à Lyon, 1er avril 2018 à Nantes et 14 avril 2018 à Strasbourg.», ajoutant également que suite à « l’envahissement du terrain, à la fin du match (ASSE - ASM), par des individus souhaitant pénétrer dans les vestiaires de l'A.S. Monaco », il y avait dû avoir mobilisation des unités de forces mobiles présentes sur place. Rappelons donc que l’envahissement du terrain évoqué était une révolte des supporters stéphanois envers leur propre équipe et en aucun cas contre l’AS Monaco.

Le 3 mai, face à l’obstination des stéphanois qui comptent bien se rendre à Monaco, le club, fort influencé par les autorités, décide de fermer la billetterie en ligne. Tous les billets sont à acheter aux guichets du stade.

Le lendemain, le 4 mai, c’est au tour de la Préfecture des Alpes-Maritime de publier un arrêté afin d’interdire à toutes personnes se prévalant de la qualité de supporter de l’ASSE d’accéder de manière individuelle ou collective aux communes de Nice, Villefranche-sur-Mer, Saint-Jean-Cap-Ferrat, Beaulier sur Mer, Eze, Cap d’Ail, la Turbie, Beausoleil, Roquebrune-Cap-Martin et Menton du samedi 12 mai à minuit au dimanche 13 mai à 6h. Une interdiction qui va à l’encontre des libertés individuelles.

Vendredi 11 mai, alors que les stéphanois affichent toujours leur détermination à aller soutenir leur équipe au stade Louis II, nouveau communiqué du club de Monaco qui annonce que « Sur instruction des autorités Monégasques, la vente de billets aux guichets du stade Louis II fermera dès ce vendredi soir à 20h ». Un nouveau moyen d’empêcher la venue des supporters verts mais qui pénalise également les supporters monégasques n’ayant pas pu prendre leurs billets avant ce jour et comptant sur la journée du samedi.

Face à ces mises en œuvre, supporters stéphanois et monégasques sont tous deux perplexes. Les Ultras Monaco 1994 déclarant le 3 mai « Cela n’est pas le sport comme nous le concevons et cette décision va encore à l’encontre du football populaire. » avant de s’exprimer à nouveau le 11 mai « … le souhait d’écarter les supporters stéphanois à tout prix prend des proportions totalement démesurées et nuit à l’AS Monaco et aux supporters monégasques qui souhaitent venir au stade Louis II pour ce match capital. ». A la billetterie du club, on fait même signer une charte à chaque acheteur disant que tu ne supportes aucun autre club que Monaco.

Samedi 12 mai, les arrêtés n’ont pas refroidi les stéphanois qui ont toujours à cœur de se déplacer pour soutenir leur équipe et on le sait, quand les Ultras stéphanois décident quelque chose, ils s’y tiennent. C’est donc dans un climat paisible que s’effectue ce déplacement. D’après l’arrêté, si les personnes ne portent pas les couleurs de Saint-Etienne, ne chantent pas à la gloire de cette équipe et n’essayent pas de se rendre dans le parcage visiteurs, alors elles ne devraient pas être arrêtées et pourtant…

Pour faire face aux supporters qui se décidaient à se rendre au stade, on apprenait dans l’Equipe samedi matin que les autorités de la principauté avaient fermé les frontières, rappelé tous les policiers et même préparé des salles de garde à vue au cas où certains supporters atteindraient le stade.

Plus de deux cents supporters ultras des Magics Fans et des ex-Green Angels ont tenté de rejoindre Monaco par l’Italie dans l’après-midi. Voyageant sans causer le moindre trouble, ceux-ci ont eu le droit au comité d’accueil des effectifs de police (prétendument indisponibles dans les arrêtés car mobilisés sur le Grand Prix) en gare de Menton où on a stoppé leur voyage afin de les renvoyer dans le sens inverse, en Italie, les expulsant du territoire français. Des supporters ne causant aucun dégât, aucun trouble, des personnes qui comme vous et moi prennent le train, victimes ici d’un abus de pouvoir des forces policières sans raison. En résumé : la France a renvoyé ses propres citoyens dans un pays étranger sous prétexte qu’ils aiment une équipe de football.


D’autres sont presque parvenus au stade, se faisant arrêter à 200m de celui-ci. Certains ont passé le match en garde à vue avant d’être libéré à l’issue de celui-ci. Les seuls supporters stéphanois ayant accédés au stade sont les anonymes venus en famille.

Alors qu’on reproche souvent aux ultras leur violence et mécontentement, ils ont fait preuve d’un sang-froid remarquable face à un comportement abusif des pouvoirs publics. Une attitude qui a touché Frédéric Paquet, directeur général de l’AS Saint-Etienne : « Le comportement de nos supporters s’est voulu intelligent et exemplaire. Je suis sensible à leur démarche de montrer leur attachement au club. Cela prouve que les supporters peuvent se déplacer sans violence ni incidents, et que l’on peut être supporter et ne pas se comporter en voyou. ».

Plusieurs choses me choquent dans le déroulé de ce week-end.
Tout d’abord, qu’on prenne les supporters pour des cons en leur disant qu’on ne peut pas les accueillir parce qu’il manque des effectifs de police et que ce sont finalement ces effectifs supposés manquants qui les excluent du territoire français. Encadrer le déplacement de plusieurs bus puis d’un parcage aurait simplifié la vie de tout le monde et ce match aurait été bien plus apaisé.
Ensuite, j’ai un petit peu de mal sur la répression des libertés de circulation sur son propre territoire sans raison. Des individus se comportant normalement sur la voie publique sans causer de trouble ont été renvoyés en Italie. N’y a t-il pas des enjeux de sécurité plus grands qu’on ait que ça à faire un samedi après-midi à savoir sanctionner des personnes qui aiment le football ?
Enfin, dans mon souvenir, il n’y a jamais eu d’animosité entre Monaco et Saint-Etienne. Il n’y avait pas de risques de débordement lors de cette rencontre. Les deux équipes s’affrontaient dans un match à enjeux respectifs, l’Europa League d’un côté, la Champions League de l’autre. Ce match aurait pu être une fête en tribune. Les verts souhaitaient simplement encourager, chanter, brandir une ou deux banderoles et pas “casser le stade” comme d’autres le revendiquent.

Dans le même temps, les Nantais étaient également privés de déplacement à Angers pour cause d’un arrêté de la Préfecture du Maine-et-Loire qui les obligeaient à arriver en bus, sous escorte, depuis Nantes. De plus, aucune billetterie dédiée aux supporters visiteurs était ouverte sur place. Entrée au parcage bloquée, les supporters nantais se sont repliés dans les bars pour suivre la rencontre. Là aussi, aucun antagonisme liait les supporters nantais et angevin.

Toutes ces restrictions sont en train de tuer l’engouement autour des déplacements de supporters qui se doivent festifs. On aime le football parce qu’on aime se réunir et aujourd’hui la politique nous désunie. Elle complique tout. Elle régule trop. Elle se méfie de chacun. Si on ne veut pas de fête en tribunes alors pourquoi les parcages visiteurs existent-ils ? On fait des lignes et des lignes pour décrier les supporters à la première faute mais on ne leur donne même la chance de prouver leur bonne foi comme l’ont initié les stéphanois ce week-end. Sans parler du pire, quand cela se termine en interdiction de stade comme le subissent plusieurs supporters bordelais pour s’être déplacés, on s’en souvient, à Strasbourg. A partir de là, ils se retrouvent avec un casier judiciaire sous prétexte qu’ils ont été dans un stade de football sans parler du fait qu’ils doivent pointer au commissariat à chaque match de leur équipe, peu importe le jour et l’heure. En terme de répression des libertés, on touche le haut du tableau.

Alors que le football est censé être qu’un loisir, 90 minutes de plaisir dans une semaine, il devient restrictif, anxiogène, nocif et dangereux pour ses plus fidèles passionnés.

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