Le football vrai

mardi 8 mai 2018


Quand on regarde la Ligue 1 Conforama le week-end, la Champions League en milieu de semaine… on a tendance à oublier qu’à la base de ce football de champions se trouve le football amateur. De temps en temps alors, on se retrouve sur le bord de la pelouse d’un match de U19 le week-end et on comprend mieux pourquoi les éducateurs sont découragés sans parler des arbitres qui jettent l’éponge. Aujourd’hui sur les pelouses en synthétique se trouvent le racisme, la violence, l’irrespect, la provocation. On donne le brassard de capitaine à un môme qui traite « d’enculé de ta race » un petit maghrébin qui lui a fait un tacle dans les règles. On appelle la police pour faire évacuer un vestiaire dans lequel les entraîneurs de l’équipe adverse ont initié une bagarre. On voit des adolescents prêts à mettre un coup de tête à l’arbitre. Et je ne parle pas des parents, potes de joueurs et autres spectateurs qui s’immiscent dans des situations déjà enflammées seulement pour s’amuser. Spectateurs de ces scènes le dimanche, vous vous rappelez que ce n’est censé être que du football, un sport loisir, et que c’est beaucoup de violence pour « juste du football ». 

Ici il n’y a pas de millions, pas de droits télévisés ni même de maillots flambants neufs à chaque match. Sur les pelouses amateurs, c’est une bande de copains qui devraient se retrouver le week-end pour au mieux gagner ou en tout cas, essayer d’accrocher un nul pour ne pas trop blesser leurs égos. Malheureusement avant leurs 20 ans, ces garçons ont tous les dimanches l’impression de jouer la Coupe du Monde. Si seulement on s’était arrêté au stade des simulations grossières pour obtenir un coup franc alors on prendrait le jeu avec philosophie mais le football amateur est arrivé à un niveau si crucial que des mômes même pas majeurs se retrouvent avec des plaintes aux fesses parce qu’il y a des dizaines d’affrontements sur les terrains et dans les vestiaires chaque week-end, des affrontements entre joueurs et pire, initiés par ceux qui, en décidant d’être bénévoles auprès des gamins devraient leur éduquer le respect plutôt que de leur apprendre à mettre des droites et des coups de pieds dans les côtes. J’en oublierai presque les parents qui insultent d’autres parents dans ces équipes de U12 parce que le fils de l’un a bousculé l’autre sur le terrain.

En retrouvant les bords des pelouses du football amateur cette saison je me suis demandée si je ne m’étais pas égarée pour retrouver du catch sauf que là, il n’y a pas de scénario pré-écrit. J’ai constaté la faiblesse des éducateurs qui au lieu d’encourager, de donner confiance à des mômes qui cherchent dans ce sport leur échappatoire après le lycée et le collège, invitent leur équipe à se rebeller. On a jeté ces valeurs de football loisir et le plaisir à retrouver le terrain chaque semaine pour finalement plutôt parier sur la prochaine provocation extra sportive que sur le prochain résultat.

Face à ces scènes, c’est d’abord la surprise, puis le mécontentement et enfin la colère qui m’envahit. Je n’ai bien évidemment pas de solutions miracles pour apporter des lueurs de paix sur les terrains de football le dimanche, je constate simplement qu’il faut attendre qu’ils grandissent pour se rendre compte de cette époque où ils ont été jeunes et cons. Seulement voilà cette époque laisse des traces physiques, morales et c’est ce qui me contrarie le plus.


A contrario, en retrouvant le bord des pelouses de national, j’ai renoué avec le football qui se cherche, qui doit faire avec les moyens du bord mais qui montre de l’ambition sur le terrain, des jeunes pépites qui tracent leur chemin, des supporters fidèles dans les montées et les descentes, l’ambiance des vendredis soirs à la bonne franquette… C’est parce que le national est mon football vrai, celui avec plus de respect que les U19 le dimanche et avec moins de melons que la Ligue 1 Conforama du dimanche soir que je me réjouis de la présence des Herbiers en finale de la Coupe de France. Il ne faut jamais dire qu’un match est joué d’avance même quand on le pense alors je ne nommerai pas de vainqueur. Un petit poucet en finale c’est l’illustration que le football qui calcule ses dépenses, comme des clubs de Domino’s Ligue 2 le font aussi d’ailleurs, qui joue dans des stades à peine homologués et qui soulève sa ville et sa région tout entière n’est pas un football à sous estimer.

J’invite tout le monde à aller voir un match de l’équipe locale le dimanche après-midi. J’invite tout le monde à troquer son restaurant du vendredi soir pour un match de national du vendredi soir. J’invite tout le monde à assister à un autre match de football. J’invite tout le monde à changer, juste pour une fois, ses habitudes footballistiques. J’invite tout le monde à découvrir un autre football que celui des champions qui font les gros titres. Un football vrai, un football plaisir, un football loisir, un football à 10 euros. Un football au cœur de la société, un peu comme cette Coupe de France.

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